Sans titre 02

Inévitablement se produisent des événements, même imperceptibles. L'intellect parvient à construire une sorte d'immobilité théorique, abstraite, la modélisation d'une idée, événement de la matière animée, pensante. Inévitablement interviennent des changement à la surface, évolution, vie, naissance de l'épaisseur perçue, des profondeurs désirées, des abîmes qui surgissent comme un pigeon sur le rebord de la fenêtre, automate portant l'œil inquisiteur d'un autre regard, observateur distant, omniprésent. Ruses indispensables pour le maintenir au-delà de la ligne fatidique. Étranger intime contre lequel opposer une résistance, ne pas lui permettre de déborder hors de son rôle.

événements à la surface

Il imagine l'œil-caméra du pigeon se dissoudre en superposition sur un fond que l'on discerne peu à peu: un ruban de bitume qui se déroule, uniformément, conformément au rythme de l'effort et c'est maintenant contre lui que la résistance du bitume et du vent s'exerce. Cette résistance, ce frottement de l'existence, le rassérène, l'apaise et le réjouit. Il peut abandonner, s'abandonner, déléguer au bitume et au vent la tâche de la mesure et du contrôle. Il se dit que c'est étonnant à quel point toucher une limite, rencontrer une limite est un soupir de soulagement. Sur cette limite, il dépose une charge. Cette même charge qui pourtant ne le lâche pas. Et cette même limite qui viendra – quand? – interrompre l'infernal absurdité, l'absurde enfer, source et biotope de toutes ses joies.

Personne ne décide de rien, ou si peu. Les peuples, par leur ténacité patiente, défont les dictateurs, comme l'on cueille un fruit mûr, véreux, jeté plus loin, très vite pourri, décomposé. De la même manière, tous les jours, ou presque, il abandonne la quête du point fixe, du fond stable, de l'essence de la vague et se contente comme il peut de savourer l'imperceptible écart entre le diffus, le flou et la netteté.

Le monde désenchanté s'éveille, libéré du dernier sortilège dans la grande suite des philtres scalaires qui le mène d'un état de liberté à un autre état de liberté, états déterminés par d'innombrables paramètres, critères et, à tout bien considérer, aussi théoriques et abstraits que l'absence d'événements.

Sur le fond du parc, les joueurs de frisbee disparaissent peu à peu dans l'ombre froide de cette fin d'après-midi de février. Plus loin, les derniers rayons étincellent dans les lucarnes de la vétuste université. À l'arrière plan se dresse, pataude, la tour de la télé, bleuies, comme en manque d'oxygène ou de chaleur. Et, à mesure que le soleil s'enfonce dans les multiples couches de brumes et de poussières, la nuit s'élève, aussi lentement qu'inexorablement.

méditation #1

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