Sous le voile

Ce n'est pas moi. Ce n'est pas lui. Il n'est pas là, pas lui, peu importe.

au bord de l'eau
plage miniature
d'un pays miniature
canards chiens et enfants
bois morts et parents
fumeurs de joints
smartphones
laptops
vélos à moteur électrique
dans un soleil encore frais
petite brise discrète
du mois en l'honneur du dieu de la guerre

conserver l'espoir
ces quelques mots
en caractères latins
sur la devanture du restaurant
japonais

voix déshumanisée
distante
d'un monde qui n'est plus monde
la communication s'évertue
à tuer les mots
les idées
la communication dévaste
les faits

comment est-il possible
permis
d'oublier les scénarios
qui se construisent dans la tête
des moins de huit ans

c'est bien l'homme qui est au service des machines
et pas l'inverse. Peuvent-elles intégrer que l'humain n'est une ressource renouvelable que dans certaines conditions ? Dans mille ans, qu'en sera-t-il de notre société ? Qui saura encore recouvrir de béton Tchernobyl et Fukushima ?

[caption id="" align="aligncenter" width="500" caption="Fukushima Dai-Ichi (credit: DigitalGlobe)"]Earthquake and Tsunami damage-Dai Ichi Power Plant, Japan[/caption]

Au loin il n'y a pas d'horizon. Une brume épaisse, vague, diffuse, une brume voile la montagne. Le regard ne peut porter bien loin, toujours un espace, une occupation de l'espace, une saturation de l'occupation de l'espace. Pas d'en dehors d'échappatoire d'ailleurs d'autre de silence de respiration pas de pause de répit perpétuel changement l'homme médite entouré d'un marteau-piqueur et d'une pompe à haute pression l'homme médite et sa pensée en symbiose avec le césium-137 comme une vague démesurée balaye toutes les petites compromissions du quotidien avec du recul un paradis
sur l'échelle internationale
de l'enfer
sans plafond
as-tu remarqué
chaque instant
une entrée dans l'inconnu
d'inconnu en inconnu quelle tromperie que l'habitude et la raison qu'elle folie stupide de croire qu'après sera forcément comme avant la science est-elle bien la moins folle des folies de l'humain ? Donne ta langue cette sensation d'une collision frontale au niveau de la bouche visage démonté crash test au-delà de cette étape au-

de la lutte vaine. Ce n'est pas lui, il n'est pas ici, c'est bien moi. Tout aussi perdu que d'habitude. Résistant à toute idée de me repérer, de me retrouver. Se perdre sans bombardement, sans invasion, sans empoisonnement. Mener une petite vie à l'allure tranquille. Laisser couver le volcan. Le séisme a déjà eu lieu, les failles, les fissures. Je continue à vivre dans un monde qui n'est plus monde. Je participe à la mauvaise farce, à l'illusion. Et m'agace de cette énergie gaspillée en vain. Ou presque. Bonjour madame la mouette bonjour monsieur le mufle. Je reprendrais bien une bouffée d'ozone, merci.

Il faut imaginer Sisyphe Sisyphe. L'absurde absurde. Et se réjouir des révoltes, parce que les lendemains ne chanteront jamais. Le dictateur mène son pays comme un conseil d'administration mène sa machine à fric. Les poubelles sont invisibles ici. Mais le monde entier est une poubelle. Et nous sommes invisibles. Qu'on nous recouvre de suie. De suite. De fuite. Écoute donc la radio s'ils sont actifs. Qu'elle curie, hein !

Chez nous la mort est bien vivante et la vie bien morte.

Nous léguons le passé à notre postgéniture.

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Capcha
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