La rentrée du clavier

Le clavier, comme il peut, attaque la rentrée, il traîne la touche comme on traîne la patte tout en se disant qu'il se pourrait bien, rien n'est sûr, n'empêche, oui, pourraient bien se rencontrer au détour d'une barre d'espacement des traces de plaisir, les allergiques sont prévenus, une pensée affectueuse pour eux, j'ai un souvenir ému de cette vie hantée et peu rieuse, c'était le bon mauvais temps, quand même.

Le clavier, comme il veut, aborde la montée, les doigts engourdis, mais c'est en tapant qu'on devient potiron et il suffit d'une étincelle à ma baguette pour que Cendrillon me dise arrête ton char même s'il est à traction à pédales, pas tant de tracas, il n'est plus l'heure des tractations avec les émissaires du tyran des monologues intérieurs, j'abandonne sur les dalles des marches occidentales les morts et les remords et, mondieumafoi, je vis que cela était bon, c'est déjà pas mal.

Le clavier accélère, s'échappe, creuse l'écart parce qu'il trouve qu'il a bon dos, le clavier ceci, le clavier cela, non mais qu'il se débrouille avec sa responsabilité individuelle et civile, j'ai beau taper sur la touche "return", sur la touche "backspace", y a pas moyen, me voilà tout seul sur ma ligne droite, sous les marronniers, à droite les moutons, à gauche les champs décorés par un week-end de motocross, des cloques naissantes aux pieds.

Chacun son rythme.

Jet d'eau et nuages

Il était une fois la créativité. Ils se souvenaient, nostalgiques, du temps où ils traversaient l'enfer. C'est un lieu commun, non, l'enfer justement c'est pas commun, même s'il est si équitablement partagé, non, non, le lieu commun est de dire qu'on se sent si vivant quand on traverse l'enfer, pourtant faut être un beau salaud pour le souhaiter à quiconque. Encore que, justement, s'il s'agit de traverser l'enfer... "Keep going" disait Winston, en suçant son gros cigare de conservateur impérialiste. Traverser. On y voit du paysage, des paysages contrastés, avec des falaises abruptes, des océans furieux, des déserts de sable, de pierre, de sel, des jungles tubulaires de raffineries de pétrole, des jungles en voie de disparition, ah ça défile, on a pas le temps de s'ennuyer. Et alors on a des choses à dire, c'est pas comme de traverser l'Utopie qui avale le discours plus surement que l'autocensure. Mais surtout, à force de traverser, on finit par apercevoir une lueur d'espoir, un bout de tunnel, un grillage électrifié et ce moment est précieux, parce qu'après, va savoir, c'est pas souvent le paradis escompté.

Toxic

Pourtant j'aurais tort de me plaindre.

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Capcha
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