Sans titre 01

Il est heureux.

"A beginning is a very delicate time"

Traînées de nuages filandreux

Il est heureux, avec l'éclat démesuré d'une ouverture ou d'un final. Il est parti sur son vélo à la recherche de molécules euphorisantes situées sur le bon équilibre de l'effort, comme des bris de bonheur qui se trouvent à certains paliers de la tolérance, de l'endurance. Heureux comme sur un haut-plateau au relief accidenté, sur le point d'équilibre formé par l'approximative régularité de cette houle que l'on nomme existence.

Il est heureux et surpris de constater que ce sentiment menace de le réduire au silence. Et cette menace de silence crée la fêlure qui maintient la surface dans l'ordre du perméable, la voie étroite et inconfortable qui ouvre une possibilité vers les profondeurs dénuées de ports du moi kaléïdoscopique, le connectant à l'immensité-miroir. Traînées de nuages filandreux dans la courbure du ciel qui agrandit tel une lentille les champs labourés. Des deux côtés, l'immensité, une apparence d'infini en regard de sa propre finitude. Encerclé. S'y perdre. Se perdre. Il est heureux. Il était heureux. Il est plus que cela. Il est moi.

"A remix. A refit."

Il est moi: tout juste quelques pages qui se tournent. Des pages tournées, irrémédiablement. Jusqu'à la fin, au beau milieu d'un chapitre, au milieu d'une page, phrase inachevée, mot interrompu. Le silence. Le silence, à nouveau, comme une porte, un passage, la possibilité de l'autre. Il est moi, cet autre, cet étranger aux mœurs inconnues.
Parmi les pages qui se tournent, il en est qui le font malgré soi, à l'encontre de soi. Parfois, on éprouve l'illusion d'avoir volontairement provoqué le changement, mais on a tout au plus participé, accompagné le mouvement. Les deux cas pourraient être une digne source d'orgueil. Mot piège: il ne veut pas dire ce que l'on veut lui faire dire. Dans les deux situation, on a vécu. Orgueil qui ne dépend pas de soi. Un savoir-faire sans recette qui se résume à découvrir à quel point être est un verbe d'action. A quel point il s'agit de déguster jusqu'au retour de l'humidité nocturne les derniers rayons rasant de ce soleil d'hiver.

Pochage de la mort au téléphone avec soleil rasant

Rien n'arrive comme on se l'imagine.

2 commentaires

#1 : 2011-02-07 @ 11:47
Isa_belle a dit :

« Il faut imaginer Sisyphe (l'homme) heureux. » Albert Camus

#2 : 2011-02-07 @ 15:19
iGor a dit :

Belle citation.
Sisyphus de von Stuck
La source de l'image
Le mythe de Sisyphe sur fr.wikipedia. Très intéressant.

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