Liberté

Il y a longtemps, il n'y a pas si longtemps, dans une vie antérieure, j'avais écris sur un mur, dans mon intérieur la phrase suivante : "Ma liberté commence là où commence celle des autres." Bien entendu une réaction à la définition négative de la liberté dont on nous rabâche habituellement les oreilles. Cette version m'était venue à l'esprit lors de mes lectures sur le thème de la guerre contre les requérants d'asile (terme qui a remplacé celui de réfugié, et qui est en passe d'être supplanté par celui de migrant) qui est menée en Suisse, comme ailleurs en Occident, trop riche, trop inégalitaire, trop Ancien-Régime. Parce que dans cette guerre-là, on enferme, par décision administrative, des personnes qui n'ont commis aucun crime, aucun délit, qui ne sont accusées de rien, mais condamnées. Parce que dans cette guerre-là, on va même jusqu'à tenter, d'empêcher aux personnes d'exercer un droit fondamental, celui "de quitter tout pays, y compris le sien."

Comment pourrais-je dire que je suis libre alors que des enfants, des femmes et des hommes sont enfermés, en mon nom (même si c'est contre mon gré, mon vote, le système moral qui m'a été transmis), par milliers, dizaines de milliers, centaines de milliers dans des camps disséminés sur l'ensemble de l'espace Schengen et même au-delà? D'ailleurs Khadafi a été payé par les contribuables de Schengen pour tenir des camps. Si vous avez des doutes, allez donc faire un tour sur migreurop.org.

Dans ces conditions, il m'avait semblé, et il me semble encore que ma liberté ne peut commencer que là où commence celle des autres, de tous les autres. D'ailleurs ma conception de la liberté individuelle s'accorde assez bien avec cette assertion. Je ne pense pas que le moi soit le maître à bord, même s'il est possible de se guider soi-même un brin. Improvisation. Le libre-arbitre m'est aussi suspect que l'homo economicus ou d'autres spectres imaginés par la pseudo-science économique : au mieux un moyen de s'illusionner soi-même (faut avouer que c'est assez blessant de se regarder, animal humain, en face), au pire un outil pour nous asservir en masse. Non, question liberté, la force des déterminismes physiques, sociaux, culturels, historiques, psychiques sont pour moi la clé d'une part significative de notre agir.

Pourtant, j'aime l'idée de liberté. Elle est pour moi comme un des points cardinaux, comme l'un de mes instruments de mesure, notamment dans le domaine des relations humaines. Je ne pense pas que ce soit un paradoxe, une incohérence. La liberté se niche dans un moment étroit, un moment qui naît et meurt presque instantanément. Une poussière. Dont on fait des murs. Ou plutôt des marches. Peut-être que ce que je nomme liberté, n'en est pas. Peu m'importe au fond.

Un jour, j'ai repeint les murs de mon intérieur. Un jour j'ai entrepris d'abattre les murs dans mon fort intérieur, ou de les déplacer, d'y contenir mon tyran, de lui dire, voici ton empire. Je suis allé voir les nuages, la ligne d'horizon, les blés murs, les grands platanes... Et toujours cette phrase de ma liberté qui commence là où commence celle des autres, voyageait dans l'univers de mes connexions synaptiques. Or, tout récemment, le 22 juillet pour être précis, je suis allé écouté un concert en ville de Sion, sous de bien sympathiques arcades. Y étaient accrochées des feuilles de plastique imprimées de citations tournant autour de l'anarchie. C'est là que j'ai découvert ces mots de Bakounine : "La liberté des autres étend la mienne à l'infini." Tout de suite, elle m'a plu. Je la trouve généreuse. Celle qui m'était venue à l'esprit (d'où était-elle venue, c'est pour moi un mystère) parle du minimum nécessaire, alors que Bakounine relève que l'interaction des libertés de tous est très fertile. Dans ce domaine, la croissance est possible!

Citation de Bakounine

Aussi, j'ai décidé de reprendre à mon compte cette citation, de faire à partir d'elle un nouvel en-tête pour blogiGor.

1 commentaire

#1 : 2011-08-06 @ 01:59
Isa_belle a dit :

Ma liberté s'arrête où commence celle d'autrui. Jean-Paul Sartre
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Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. Albert Camus
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