Perfection.

Je ne sais pas toi, mais je vis dans un monde indescriptiblement parfait, toujours plus juste et réussi, dans un monde où les murs ne cessent de tomber. Encore ce mercredi 22 septembre, une femme de plus a été élue au gouvernement helvétique par le parlement composé de 20 à 30% de femmes. Elles sont désormais 4 sur 7. Ce qui permet à la Tribune de Genève de s'extasier sur sa manchette de journal : "[...] un mur est tombé." Ce doit être l'effet bénéfique escompté de l'interdiction constitutionnelle des minarets. Le week-end prochain, personne n'en doute, les salaires seront égaux. Le week-end prochain la proportion de femmes dans les instances dirigeantes des universités correspondra à celles des étudiantes au sein de ces mêmes universités. Le week-end prochain les musulmanes brûleront leurs voiles sur un bucher de crucifix décrochés des salles de classes et des tribunaux, et l'on ira observer les traces fossilisées des paternalistes sur les chantiers d'autoroutes.

Le week-end prochain, il n'y aura plus de chômeurs, plus de chômage, plus d'État social, plus de goulag. Il reste un peu de goulasch?

Perfection des perfections, ce mur s'est écroulé sans dégât: les remparts du libéralisme ont gardé leur crépis, les seigneurs libérés ont rajouté une nouvelle couche de dorure sur leurs blasons rouillés.

Un monde extraordinaire devenu ordinaire. Les murs tombent. Les présidents guerriers reçoivent des prix Nobel de la paix. Les criminels de guerre publient des livres et donnent des conférences pour de substantiels cachets. Un monde si calme qu'il est indispensable de se construire des ennemis, d'inventer des groupes terroristes internationaux et des cellules de l'ultra-gauche, c'est-à-dire ultra-violentes, afin de pouvoir quand même jouer la menace du sentiment d'insécurité. La fin de l'histoire manque de ressort narratif.

Le merveilleux monde d'après l'ère raciste, le merveilleux monde de l'ère post-raciste où il est possible de punir collectivement des nations entières pour des crimes qu'elles n'ont pas commis, où il est possible de persécuter des ethnies, où l'on rêve à nouveau d'extirper de l'Europe certains européens.

Les murs tombent. Et l'on meurt encore devant des murs. Devant les murs de l'espace Schengen. 13'000 morts. 13'000 meurtres.

Un monde encore bien plus parfait que cela, j'en ai bien peur.

2 commentaires

#1 : 2010-10-07 @ 23:18
LeucoCircqSourcier a dit :

Six paragraphes avant la fin "chômeurs" & "Etat social"
Le plein ""emploi"" au triple sens "oeuvres, réalisations et Opring" n'est pas la quatradure du cercle. Des vecteurs neufs sont inévitables. Parmi eux, en parallèle à l'existant, irréformable, l'émergence de nouvelles monnaies spéciales, conditionnées par des principes encore inconnus. En mes principes d'innovation et anticipation, je ne crois pas avoir fait d'erreur de raisonnement.

#2 : 2010-10-08 @ 14:04
iGor milhit a dit :

C'est que l'on vient de voter une nième révision de la loi sur l'assurance chômage en helvétie, histoire de combler les trous de non-financement, et ça c'est fait très solidairement, les nantis ajouteront quelques miettes et les manants (femmes, jeunes, vieux et intérimaires) feront une croix sur une part non négligeable de ce qui était leur droit.
Je crains qu'il faille malheureusement attendre que les inégalités se creusent un peu plus encore pour qu'il soit visible qu'entre le 99,99% des pigeons et le 0,01% des charognards, les buts ne sont pas communs et le consensus est illusoire.

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