Apocalypse

En Suisse, l'un des pays qui démontre que la démocratie (semi-)directe est compatible avec l'immobilité, le conservatisme et l'esprit buté et réactionnaire, on vote, une fois de plus. Cette fois-ci, il s'agit d'inscrire dans la Constitution un salaire minimum, fixé à quatre mille francs suisses par mois, ou vingt-deux francs de l'heure. Et c'est, bien entendu, une menace qui met en péril le bien être économique du pays. Des propriétaires du pays. Ils ne sont pas nombreux, mais ils comptent, eux. Dans tous les sens du terme.

Remettons les choses dans le contexte. VoisinEs européenNEs, sachez que la vie est dure dans le coin de jardin de l'enfer économique mondial. Et quatre mille francs suisses, ça ne t'assure pas toujours de tourner correctement. Une fois que tu as payé ton assurance maladie, payé tes impôts publics, payé tes impôts privés, il te reste de quoi acheter un tube de cenovis et une carte à pré-paiement pour ton natel.

Chose intéressante, le salaire médiant par chez nous est un peu plus haut que six mille francs, suisses toujours. Et qu'il n'y a qu'un peu plus de trois cent mille salariéEs qui touchent moins que les quatre mille prévus. Mais dans ces trois cent milles salariéEs, soixante pour-cent sont des femmes. Voilà, on mesure avec plus d'effroi encore l'apocalypse qui risque, peut-être, de dévaster l'économie du pays.

Parmi ces trois cent mille personnes, il y en a un certain nombre (je ne le connais pas ce nombre) qui travaille à cent pour-cent (ça veut dire au moins quarante deux heures par semaine, non, ça ne rend pas le geek plus heureux) et qui doit recourir à l'assistance publique. Une forme comme une autre de subvention de l'esprit d'entreprendre, tu sais, ces pigeons.

En même temps, le bon peuple d'Helvétie, va voter pour savoir si on veut dépenser quelques milliards (je ne sais pas combien, c'est pas vraiment important, quand on aime...), pour des avions de guerre. Parce que pour nous défendre de l'invasion des miséreux de toute la terre, c'est indispensable. Ça ne renfloue pas les banques quand elles s'explosent toutes seules la gueule en entraînant tout le monde avec elles, mais ça protège le ciel aérien pendant le What the Fuck Economic à Davos. Ce qui réchauffe le cœur des working poors, c'est déjà ça.

1 commentaire

#1 : 2014-05-18 @ 18:30
iGor a dit :

Quand on vous dit que le droit de vote cohabite fort bien avec le néolibéralisme : le salaire minimum a été refusé par une écrasante majorité et par tous les cantons.

Les commentaires le soulignent : défendre un salaire qui permettre de subvenir à ses besoins n'est évidemment pas dans l'intérêt des petits salaires.

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